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Gynécée

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MessageSujet: Gynécée   Jeu 28 Fév - 10:51

Je la regarde, elle est en face. Je me noie dans son regard, je me rappelle de celui qu’elle avait avant. Je la regarde, cherchant quels sont les traits sympathiques qui lui restent, de son nez fier, de ses yeux amandes, de ses sourcils fugaces, de sa bouche vitale, de ses cheveux en boucles. Je la regarde. J’ai un rendez-vous avec elle tous les jours ; quand j’allume la lumière, j’ai tout de même peur de ce que je découvre, quelque chose qui me ressemble, une entité dont l’ombre rappelle que je suis toujours en vie. Je vis seule, avec mes pensées, mes souvenirs, mes peurs, mes idées fixes, mes vêtements que je n’ai plus l’envie de changer, mes crèmes du soir qui ne me servent à rien, mes livres qui sont si défraichis de les avoir lus, relus mais avec cette peur de ne plus avoir envie de les relire. C’est le soir que je me retrouve, je retrouve mes peines luminescentes, mes idées noires qui reviennent. Et pourquoi vivre ? Puisque je ne m’attends plus à rien. On ne m’a plus donnée d’espoir, le seul que j’avais était que l’on m’aide à rester humaine, mais rien qu’on y pensant, je me rends compte de la stupidité de mes requêtes.
Je la regarde m’observant ; de son index elle pointe mon visage, elle touche au plus profond de mon cœur des zones d’ombres que je n’ai jamais pu élucider. La glace est notre zone de démarcation ; elle me console car je sais que j’existe et me piétine sous le poids du lourd fardeau que je traine depuis des mois. Je m’observe et ma poitrine est plate, dénuée des féminins attributs. On me les a enlevés l’un après l’autre. Je suis, et je n’ai pas. Je n’ai pas, et je ne les aurais jamais. Car même de la sorte, je suis condamnée.
Je n’existe qu’à la tombée de la nuit. Toute la journée, je ne suis qu’une épave bringuebalant sur mon lit. Nuque raidie, cotes saillantes, bassin aux os fusant comme une urne qui ne peut recevoir et point enfanter, des jambes si infinies que rien ne démarque, avec au bout de vulgaires pieds que les orteils fuient aux ongles colorés avec obscénité. Je ne suis plus maitresse de mes organes, on s’en occupe comme on peut. Le matin, c’est ma sœur qui me fait ma toilette, c’est une fée aux phalanges prudentes qui me procure du bien. Elles sillonnent les tranchées d’un corps parfois en charpie tellement décontenancé aux limites mêmes de l’entendu.
Et le soir venant, elle n’est plus là. Je ne suis plus là, le rien a lieu. Je me vois tomber de si haut et ne pas en finir, de rouler sur les rocailles, le sang partout, je le goûte et prend conscience que je ne suis pas morte. Je file sous mes draps me cachant, essayant de fuir la mort qui n’attend que moi, de récupérer son mal pour l’essaimer à quelqu’un d’autre. Tellement j’ai mal que j’en oublie qui je suis ; qui sont ceux qui étaient là toute la journée. Pourquoi je n’irai pas moi-même ouvrir la fenêtre et m’y jeter comme dans le rêve que je fais éveillée. Je sentirai la fraicheur, le souffle de la vie essayant de se frayer un chemin dans mes poumons sclérotiques, je verrai le sol qui se rapprocherait centimètre par centimètre et …
Je ne veux pas rater mon rendez-vous. Elle m’attend pour pointer le doigt encore une fois vers mon visage au dessein cadavérique. Elle seule n’essaie pas de me mentir, elle ne fait rien pour me berner, elle crie la vérité au travers d’un miroitement nécessaire. Il n’y a point de paroles, point de questions, point de conclusions. Tout ce qui compte c’est cette image qui me renvoie à ma triste destinée de fille opulente ayant déclamé son corps au maléfice d’une maladie sournoise.
Mon miroir n’avait pas de raison pour me punir d’avoir eu ce toucher qui déclara tout. Je me suis touchée là où il fallait, on a coupé là où il fallait. Plus rien, était-ce avilissant ou virilisant de ne plus avoir de seins ? mais, je n’ai même pas le torse d’un homme, la platitude est d’une rudesse. Je dois toucher là. Mais c’est difficile. Je ne peux pas m’y résoudre. Le miroir est là et le bouton m’apparait difficile d’accès. Que je l’actionne pour ne plus être ? la glace est une menteuse. Fourbe et insolente qui me renvoie mon image telle que je ne l’aurais imaginée.
Tais-toi ! salope ! Arrête de me simuler. Tu me rends folle. Je ne suis plus alors que le rien a bien lieu. Je suis une incertitude, tu me le fais croire ! Je t’ai donné toute ma beauté, tout mon être, la femme que je fus et voila ce que tu as fait de moi ! Salope !
Tu n’es qu’une sale prétentieuse. Il faut que tu disparaisses. A travers toi, je ne suis plus. Je rejoins l’autre part ; l’infinie négation.
Un bruit. Un grondement. Le silence. Je ne vois rien. Je suis.
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Fredy
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MessageSujet: Re: Gynécée   Jeu 28 Fév - 11:29

Pas mal !
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pistou
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MessageSujet: Re: Gynécée   Jeu 28 Fév - 18:56

moi je verrais bien la signature de "Minouche" ?????
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"Une mauvaise herbe est une plante dont on n'a pas encore trouvé les vertus"
Ralph Waldo Emerson
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MessageSujet: Re: Gynécée   Lun 3 Mar - 15:29

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JHChaise
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MessageSujet: Re: Gynécée   Ven 7 Mar - 11:37

Eh bé, c'est fort. Bravo. Smile

j'ai aperçu un truc, je crois :

mais rien qu’on (en) y pensant

amicalement
JH
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http://editions-sindbadboy.wifeo.com/
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Gynécée

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