| | Mam'zelle Ardoise, chef de meute ! | |
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scouby Langue pendue

Age : 55 Inscrit le : 20 Mar 2005 Messages : 3539 Localisation : Belgique
| Sujet: Mam'zelle Ardoise, chef de meute ! Sam 18 Aoû - 16:06 | |
| Voici le début du second volet des aventures de Mam'zelle Ardoise... Vous y ferez la connaissance de nouveaux venus dont vous avez peut-être déjà entendu parler par mes posts… ou peut-être pas : Geisha, Cendrillon, Scoubidou, Charlot… et d’autres encore.
Allez, c’est reparti !
Chapitre 1 : ME REVOILA, ARDOISE
En ce moment de mes mémoires, j’ai pris mes quartiers d’hiver… c’est-à-dire que je somnole toute la journée, bien roulée en boule dans celui de mes paniers « Félix » qui n’est pas encore complètement mou. Celui-ci, Scouby ne l’a lavé qu’une seule fois, ce qui fait qu’il se tient encore à peu près droit ! Quand j’ai envie de me déplacer, c’est facile : les yeux toujours clos (c’est trop fatigant de les ouvrir pour vérifier où le destin me mène), je joue de la tête et des pattes pour faire rouler le panier…
La première fois qu’elle m’a vue à l’œuvre, Scouby n’a pu en croire ses yeux ! - Ca alors ! Quelle fainéante tu es ! a-t-elle lâché, aimable comme toujours. Je ne me suis pas troublée pour autant. C’est la jalousie qui la fait parler, je le sais. Elle sauterait à pieds joints pour être à ma place, si elle le pouvait !
Pour me faire courir, elle a acheté deux nouvelles petites souris en tissu. Toutes les vieilles ont disparu, allez savoir où ! Je suppose qu’on en retrouvera une ou deux lors du déménagement. Les autres se sont volatilisées dans l’espace… ou, qui sait, dans mon estomac ?
Comme je suis une chatte conciliante et obligeante, je cours consciencieusement derrière les bestioles que Scouby jette aux quatre coins de l’appartement. Elle s’extasie sur mon esprit joueur. Qu’est-ce qu’il lui faut ? Si je dédaignais ces menus plaisirs, elle croirait que je suis malade. Et puis, il faut dire que cela me plaît bien d’envoyer, d’une patte précise, une souris sous un meuble bien bas. Alors je me mets devant la cachette, me couche sur le dos et gigote frénétiquement des quatre pattes, histoire de prouver que je fais de louables efforts pour récupérer mon jouet. Ensuite, je pousse un profond soupir éploré. - Ma souriiiiis ! Je n’peuxs plus la faire sortiiiiir ! Ca ne rate jamais : Scouby se met à quatre pattes, comme moi, jette un coup d’oeil dans l’obscurité poussiéreuse où se tapit ma proie, avance une main exploratrice… L’instant d’après, je récupère ma souris et peux me livrer au plaisir de la pousser sous le divan, bien bas lui aussi. C’est pour ça, finalement, que j’en possède plusieurs : pas pour me faire plaisir à moi, non non ! C’est pour Scouby qui n’a pas envie de passer ses soirées à ramper dans le salon ou la salle à manger !
Donc, quand je suis à l’appartement, je passe le temps de cette manière paisible et conviviale… Du moins, à partir du moment où ma famille rentre de son travail. Avant, inutile de me chercher, je dors ! Je me réveille quand j’entends une clé tourner dans la serrure de la porte d’entrée. Alors, je me dirige vers la cuisine pour vérifier si on remplace bien ma vieille gamelle par une fraîche. Après quoi, rassurée, je pirouette sur la table de la salle à manger et jette allègrement sur le sol le courrier que Daniel ou Scouby y ont déposé. Je suis, en effet, une fanatique de l’ordre : j’aime que cette table soit bien nette pour me permettre de l’arpenter à grands pas décidés, la queue bien droite et ondulante !
Aïe ! Un de ces prochains soirs, je vais devoir passer la visite médicale obligatoire : j’ai détecté, sur le buffet, une carte illustrée représentant un chat. Au dos de cette carte, ma vétérinaire a soigneusement indiqué, de sa petite écriture appliquée : « Je vous signale qu’il y a lieu de procéder aux rappels de vaccins pour votre chatte Ardoise, contre… » là suit une litanie de termes scientifiques retraçant les maladies que l’on veut m’éviter. Il y en a beaucoup ! Du typhus au coryza (que j’ai déjà eu quand j’étais petite) en passant par la leucose, la rougeole, la scarlatine, la coqueluche, les oreillons… Je vois d’ici votre air épouvanté. J’exagère, d’accord ! Il n’empêche que je n’y couperai pas, à la corvée, d’autant plus que maintenant, on n’a plus besoin de voiture pour aller me faire « soigner » : la nouvelle vétérinaire, piqueuse sanguinaire, habite à deux maisons de la nôtre ! Pauvre Ardoise ! Sainte martyre !
Chapitre 2 : SCOUBY A LE CORYZA
Le vendredi soir (sauf quand, par chance pour moi, ma « mère » travaille le samedi, ce qui arrive une fois par mois), mes parents prennent des airs de conspirateurs. Moi, toujours tombée de la dernière pluie, je mets des heures à m’apercevoir qu’ils ont subrepticement fermé la porte des chambres et que mon panier Félix « Titanic » m’attend dans un coin du hall de nuit. Je n’ai plus d’autre issue que la cuisine (où se trouve ma gamelle) et la salle de bains (où je puis, si je le souhaite, satisfaire un petit besoin urgent). Toutes mes cachettes habituelles, si ingénieuses, me sont fermées !
Quand je vois Scouby se saisir du frigo-box rouge et y entasser des tonnes de victuailles, un sinistre déclic se fait dans mon esprit. En un éclair, j’entrevois l’inéluctable : nous partons pour la campagne ! Je pousse un miaulement lugubre, plus impressionnant qu’une corne de brume. Mes parents bêtifient à qui mieux mieux : - Où c’est kelle va aller jouer la mignonne ? Dans le jardin ! Hou que c’est gai le jardin ! Hou la bonne herbe bien fraîche ! - Arrêtez de vous payer ma bobine, que je réponds du tac au tac. « Je vais pas aller claquer des castagnettes dans le jardin en plein hiver, rien que pour vous faire plaisir, sales sadiques ! » Et gnagnagna et gnagnagna… Je râle sec. Evidemment, j’ai beau dire, personne ne m’écoute ! On m’enfourne dans mon panier et en avant pour la tournée des sept douleurs ! C’est la ballade du chat hurleur… car je ne me prive pas de manifester mon déplaisir, à grands trémolos, comme vous le savez déjà ! Inutile de préciser qu’une fois sur place, je m’amuse comme une petite folle…
En rentrant du dernier week-end, j’ai eu le plaisir de constater qu’un destin justicier avait frappé : Scouby a récolté un énorme RHUME ! Hilare, je me juche sur le dossier du canapé où agonise l’intéressée. - Atchoub ! Atchoub ! - Alors comme ça, tu as aussi attrapé le coryza ? Comme moi quand j’étais petite ? dis-je avec une fausse compassion. Je penche la tête pour la fixer d’un regard innocent. Je soupire ostensiblement. - Tu sais, cela peut être très dangereux, le coryza ! A l’époque, je parlais comme ça, je ne savais pas ce que ce fléau de coryza allait, quelques années plus tard, infliger à ma future meute… Mais n’anticipons pas. - Dangereux, un rhube ? Tu crois ? - Oh oui ! Atterrée, elle ferme les yeux. Quand elle les rouvre, l’oiseau de mauvais augure n’est plus perché sur le dossier du canapé. Silencieusement, il est descendu tout près d’elle et tend le bec… pardon, le museau à deux centimètres de son nez. Au lieu du paysage familier et rassurant du salon, Scouby ne distingue que deux grands yeux verts en face des siens. - Ardoise, tu be pompes l’air ! proteste-t-elle. - Je venais tâter ton museau pour prendre ta température, dis-je obligeamment. C’est vrai qu’il est chaud, ton museau ! Et tout rouge ! Et tout gonflé ! On dirait une tomate… - Ude tobate !... - Pas une grosse tomate, rassure-toi. Une moyenne… - Oh, que je be sens boche, boche ! gémit-elle. - Boche ? Ah oui, moche ! Tu as peut-être trop respiré l’air pur du jardin ce week-end ! L’être humain est ainsi fait que lorsqu’on lui assène une vérité qui le vexe, il répond par des insultes. Scouby ne déroge pas à cette règle. - Stupide adibal ! fait-elle. - O réveils d’Hannibal ! Lendemains d’Attila ! déclamé-je avec sentiment, puisant sans vergogne dans l’œuvre d’un auteur connu. Elle a compris qu’elle n’aurait pas le dernier mot. Elle referme les yeux et s’absente en esprit. Je reste seule sur le champ de bataille. Mais qu’elle ne s’en tienne pas quitte pour autant ! Le lendemain matin, très tôt, je m’introduis dans le chambre et saute sur le lit. Confortablement installée sur la couette et, par la même occasion, sur l’estomac de ma mère d’adoption, j’attends que Scouby se réveille. Pour l’y inciter, je tapote délicatement de la patte la tomate citée plus haut. Un rugissement répond à mon initiative. - Ardoise ! Bon dez ! Tu be fais bal ! Rentre ta griffe ! Ravie, je prends un petit air contrit, typiquement ardoisien. - Je n’avais pas vu que cette griffe était sortie, comme c’est bizarre ! Je venais simplement vérifier si tu allais mieux… (à l’évidence, non) et si l’heure de mon petit déjeuner n’avait pas sonné… Elle jette un coup d’œil au réveil-radio encore silencieux. - Y be reste encore un quart d’heure ! Laisse-boi dorbir ! - Bon… Je vais prendre mon mal en patience… Mais que j’ai faim ! Que j’ai FAIIIIIM ! Miaou ! Miaou ! Et puis tu sais, il y a encore ma litière à changer ! Miaou ! Miaou ! Miââââââou ! Rien à faire, elle reste encore immobile comme une statue pendant quinze minutes. C’est fou ce qu’elle peut être butée, parfois ! Le fichu quart d’heure académique étant écoulé, j’obtiens enfin satisfaction. Puis, comme d’habitude, je me recouche pendant qu’elle part à son travail, le nez gonflé et le cheveu en bataille. C’est bon d’être un animal domestique ! _________________
 Merci à Uranie pour cette magnifique signature !
On peut juger de la grandeur d'une nation par la façon dont les animaux y sont traités. [Gandhi] |
|  | | Invité Invité
| Sujet: Re: Mam'zelle Ardoise, chef de meute ! Sam 18 Aoû - 16:22 | |
| Merci Scouby  |
|  | | Fredy Rang: Administrateur

Age : 63 Inscrit le : 29 Nov 2004 Messages : 15707 Localisation : Evreux à 10km
| Sujet: Re: Mam'zelle Ardoise, chef de meute ! Sam 18 Aoû - 16:52 | |
|  _________________ Ce qui donne du ressort, c'est l'amitié et l'imagination.
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|  | | Anonymou Invité
| Sujet: Re: Mam'zelle Ardoise, chef de meute ! Sam 18 Aoû - 16:58 | |
| Yes ! Comme dab' je lance mon imprimante...et je vais me régaler en lisant cela...avec délices au jardin ! Merci Scouby
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|  | | Invité Invité
| Sujet: Re: Mam'zelle Ardoise, chef de meute ! Sam 18 Aoû - 19:43 | |
| Ouhaaaaa! C'est super!! Nous voici repartis dans les aventure ardoisiennes!!!... Toujours aussi délicieuses... Merci Michèle... j'adooooooore....  |
|  | | Petiteplume Langue pendue

Age : 64 Inscrit le : 21 Juil 2006 Messages : 9256 Localisation : Strasbourg
| Sujet: Re: Mam'zelle Ardoise, chef de meute ! Dim 19 Aoû - 9:46 | |
| Merci Scouby (j'ai hâte de faire réparer mon imprimante... afin de pouvoir les relire à mes petits bouts ) _________________
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|  | | scouby Langue pendue

Age : 55 Inscrit le : 20 Mar 2005 Messages : 3539 Localisation : Belgique
| Sujet: Re: Mam'zelle Ardoise, chef de meute ! Lun 27 Aoû - 18:40 | |
| Chapitre 4 : MALHEUREUSE ARDOISE !
Je suis une victime, je l’ai toujours dit ! Jeudi passé, j’étais bien confortablement couchée sur la table de la salle à manger lorsque Scouby est rentrée de son travail. Daniel n’était pas là. - Bonjour, ma gentille Ardoise ! J’ai levé languissamment la tête pour accuser réception, puis me suis à nouveau plongée dans ma coutumière méditation. Lorsque j’ai repris contact avec la réalité, Scouby posait à côté de moi mon panier « Félix », vous savez, la prison ambulante dans laquelle s’effectuent mes trajets Bruxelles-Campagne et vice-versa. Je fais un rapide calcul mental. Nous sommes rentrés il y a quatre jours, donc il n’est pas possible que nous repartions déjà. Et puis, je ne vais jamais à la campagne avec Scouby toute seule : nous partons toujours en famille. Par conséquent, je peux méditer tranquille : ce panier n’a manifestement rien à voir avec moi !
J’en suis tellement convaincue que je ne réagis même pas quand elle me soulève et me pose dans le « Félix » ! Elle ferme la grille de ma prison avant que je ne puisse réaliser ce qui m’arrive ! Que se passe-t-il ? Que se passe-t-il ? Nous prenons l’ascenseur. Je suis muette de surprise. Nous sortons. Elle marche d’un bon pas, moi balancée dans le panier au bout de son bras. Je commence à paniquer : Daniel et elle se seraient-ils disputés ? Serais-je victime d’un rapt parental ? Ca arrive ces choses-là, on en a beaucoup parlé à la télé récemment. Vous voyez le topo, hein : les parents se chamaillent et l’un des deux s’empare du pauvre enfant (moi). Et le pauvre enfant est attiré dans un endroit inconnu, sans ses petites souris, sans son radiateur bien chaud, sans son repose-pied, sans… Je me mets à gémir. Le vrombissement des voitures qui passent sur le boulevard couvre le son lugubre de ma voix. Nous dépassons la porte du garage. Bon ! On ne prend pas la voiture… Scouby a peut-être loué, pour nous deux, un logis pas trop loin de mon paradis perdu ? Je pourrai toujours essayer de m’enfuir et de rentrer à pattes ? J’imagine la joie de Daniel quand je sonnerai à la porte ! Comme il sera heureux de retrouver sa pauvre chatte kidnappée ! Tandis que je peaufine mon scénario, nous pénétrons dans un autre immeuble. Je hume l’air, autour de moi. Ne serais-je pas déjà venue ici ? Une petite blonde ouvre une porte d’appartement… et j’ai le cœur qui fait boum ! La vétérinaire ! Mon Dieu quelle horreur !...
Je me pelotonne dans mon panier « Titanic » qui, subitement, me paraît le plus doux refuge qui soit au monde. Sans pitié, la vétérinaire m’en extrait comme un escargot de sa coquille. Me voilà sur la table d’examen. Je veux sauter à terre, on me retient. Pendant une seconde, je me sens complètement affolée : où est Scouby ? Je ne la vois plus ! Ah, la voilà, juste derrière moi ! Je me retourne et me serre contre elle, lui entourant le cou de mes pattes antérieures. - Allons, ma Minette, n’aie pas peur ! dit-elle. - Oh, ils savent tous bien où ils se trouvent ! remarque la toujours souriante petite blonde. Elle m’examine, comme d’habitude : les oreilles, les yeux, les dents… Rien à signaler. La vétérinaire prépare une seringue, l’emplit d’un liquide incolore. Je m’agrippe à ma mère d’adoption et ferme les yeux. Tiens, c’est fini et je n’ai rien senti ! Je suis à nouveau protégée contre tous les microbes qui pourraient me prendre pour cible ! Immensément soulagée, je ne me fais pas prier pour réintégrer mon panier. - Vous avez un très gentil chat ! dit aimablement la vétérinaire. Elle complète mon petit livret de santé, tandis que Scouby règle le prix de la consultation tout en constatant en son for intérieur que la santé du chat fidèle est beaucoup plus onnéreuse que celle de la modeste humaine attachée à son service ! Enfin, nous traversons la salle d’attente pour sortir. Un affreux molosse est installé là et, visiblement, il n’éprouve pas une folle affection pour les chats ! Il me fixe avec des yeux de fauve, injectés de sang, en secouant ses babines. Un aboiement aigu retentit : « Wouiiif ! Wouiiiif ! Miam ! Y a bon matou ! Miam ! » On ne pourrait plus clairement exprimer ses intentions. Je me rencogne, terrorisée, tout au fond de mon panier. - Oncque ne cherche noyse à la vaillante chatte Ardoyse ! chevroté-je d’une voix tremblante. Ah, il est loin le temps où je claironnais à l’oreille d’Orca la fière devise de ma noble famille ! Aujourd’hui, les mots ont du mal à passer…
Lorsque nous nous retrouvons sur le trottoir, je me sens mieux. Quand je pense que ce monstre sanguinaire a dû se poser après moi sur la table d’examen ! Ma petite odeur l’a sûrement rendu fou de rage ! _________________
 Merci à Uranie pour cette magnifique signature !
On peut juger de la grandeur d'une nation par la façon dont les animaux y sont traités. [Gandhi] |
|  | | Invité Invité
| Sujet: Re: Mam'zelle Ardoise, chef de meute ! Lun 27 Aoû - 19:00 | |
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|  | | chris271 Invité
| Sujet: Re: Mam'zelle Ardoise, chef de meute ! Lun 27 Aoû - 19:59 | |
| Comme je suis contente de lire la suite. Merci Michelle! J'attends la suite avec impatience ...  |
|  | | scouby Langue pendue

Age : 55 Inscrit le : 20 Mar 2005 Messages : 3539 Localisation : Belgique
| Sujet: Re: Mam'zelle Ardoise, chef de meute ! Dim 2 Sep - 16:14 | |
| Chapitre 5 : PETITS CHERIS ET FIERES DEVISES
Et voilà, l’hiver s’écoule peu à peu et le réveillon de Nouvel An s’est passé au fameux village de prédilection de mes parents d’adoption, dans la maison sans chauffage central, kaï kaï kaï !
Evidemment, comme d’habitude, il paraît que j’exagère ! Quand je me mets à grelotter ostensiblement, en grattant des pattes le tissu qui recouvre le canapé afin de m’en recouvrir, j’ai droit aux commentaires désobligeants.
- Voyons, Ardoise ! Tu ne vas quand même pas dire qu’il fait froid ? Avec le poêle, la température est plus élevée qu’à l’appartement ! - Possible, Madame, mais moi j’ai besoin de la chaleur qui vient d’en bas ! Et comme je ne peux pas me coucher sur le poêle (pas si folle la bête), je me glace le ventre et les coussinets ! - Mais le carrelage est chaud ! On ne peut presque pas y poser la main ! - C’est le « presque » qui est de trop ! Chez MOI, le radiateur est brûlant !
Je tourne dédaigneusement la tête d’un autre côté et pousse un profond soupir. Puisque c’est comme ça, l’Ardoise martyre ne voit qu’une solution un pis-aller : se coucher dans son Titanic, devant le feu et s’y lover tout au fond ! C’est une honte d’ainsi maltraiter une pauvre chatte qui n’a même pas droit à la parole ! A moi toutes les ligues de défense des animaux ! Offrez-moi un avocat pro deo ! Et un bon, hein ! Parce que Daniel et Scouby sont tellement obtus qu’il faudra bien un maître Vergès pour les convaincre que, pour la bonne santé physique et morale de leur chatte bien-aimée, il faut qu’ils fassent installer le chauffage central dans leur maison des champs !
Le matin, quand j’ouvre un œil, bien pelotonnée sous la couette du grand lit familial, Daniel est déjà debout, apparemment plein de vitalité. - Alors, on se lève, on se lève ? J’ai déjà allumé le feu ! - Compte pas sur moi, dis-je en refermant l’œil que je venais d’entrouvrir. A présent que je me sens bien, je ne vais quand même pas me déranger !
C’est d’une oreille sereine que j’entends Scouby se lever à son tour, rabattre l’édredon sur le petit tas de béatitude que forme la chatte adorée et quitter la chambre, non sans avoir demandé, pour le principe : « Eh bien, Ardoise, tu ne te réveilles pas ? »
- Pas de danger, marmonné-je. Laisse-moi dormir, je vais encore piquer un petit roupillon. Mais tu peux revenir d’ici une heure ou deux, quand il fera potable en bas. Alors, j’accepterai peut-être de me lever…
Elle quitte la chambre, pendant que je m’étire voluptueusement. Ah, les petits matins sous la couette, c’est chouette !
Dans un demi-sommeil, j’entends Scouby descendre l’escalier. Apparemment, je ne suis pas la seule à avoir l’oreille fine, car sur la terrasse se déchaîne un concert. - Miââââââââ ! Miaâââââââââ ! M’dame Scouby, on est là, on est lààààà ! Roublard et moi, tous les deux ! - Ouais, moi aussi j’suis lààààààààààààààààààà ! Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiin ! - Comment, déjà levés, les petits chéris ? s’exclame Scouby. Sous la couette, je lève les yeux au ciel. Les petits chéris ! - On attend depuis quatre heures du matin, M’dame Scouby ! - Mais c’est pas vrai ça, on n’attend que depuis une demi… - Tais-toi, cornichon ! - Mais… - Si on lui dit qu’on est là depuis longtemps, on recevra à manger plus vite, Babar ! - Ah bon, comme ça je comprends ! On est ici depuis une heure du mat ‘, M’dame Scouby ! - Hé, faut quand même pas exagérer non plus ! Elle va nous prendre pour des potiches ! Jamais content ce Négatif !
Pendant cet intéressant dialogue, Scouby s’est rendue à la cuisine pour y ouvrir une appétissante boîte (format économique), de marque Delhaize, Spar ou Carrefour. Pas du produit blanc, non, les petits chéris n’aiment pas…
Elle revient avec deux assiettes copieusement garnies, qu’elle dépose sur le sol de la terrasse. Aussitôt, c’est la ruée. Roublard avale une bouchée d’une assiette, puis se précipite sur l’autre, en un incessant va-et-vient. Négatif, plus calme, attend que la frénésie de son frère s’apaise. Quand Roublard est fatigué de sauter d’un point à l’autre, Négatif s’installe posément devant la gamelle restée libre.
Puis Scouby apporte un grand bol de lait tiède dans lequel les deux frères plongent leurs museaux. Ils sont gâtés… mais quoi ! Ils sont logés à la même enseigne que feu leur pauvre papa : bombance le week-end uniquement !
Il est visible qu’ils n’ont pas de famille humaine. Je pense que Négatif pourrait se faire adopter facilement, mais voilà : il y a Roublard qui ne le lâche pas d’une patte ! Ils sont unis comme les doigts de la main et, si je ne craignais de faire un mauvais jeu de mots, je dirais que ce sont de vrais chats siamois (sauf votre respect, Seigneurie !). Celui ou celle qui aurait le coup de foudre pour Négatif devrait prendre Roublard en prime. Et Roublard, c’est un fameux paquet à adopter, ça vous pouvez le croire ! Le malheureux est peu gracieux, pas très malin et doté d’une grosse voix qui porte loin ! Les fées qui se sont penchées sur son berceau s’appelaient toutes Carabosse, hélas…
Il fait pourtant de gros efforts, il faut le reconnaître. Quand Scouby met le pied dehors, il ne mugit plus comme une sirène d’incendie, il essaie d’articuler correctement : Miaou ! Miaou ! Le résultat, bien sûr, c’est MIAAOU ! MIAAAAOU ! mais ce n’est pas bien grave. L’important n’est pas de gagner, mais de participer ! C’est ça que je lui dis souvent, à Roublard, pour l’encourager. Evidemment, il ne saisit pas l’astuce. - PARTICIPER A QUOI ? - Mais… à la vie ! A tout ! Etre là, et bien là ! Comme moi ! Il se perd dans un abîme de réflexions.
Cet hiver, comme d’habitude, il a élu domicile près de notre haie. Mais quand même pas par terre, non ! Il ne tient pas à se geler les pattes : il a trouvé un arbuste sur lequel il demeure juché.
Quand nous regardons par la fenêtre, nous voyons un gros ballon blanc, à un mètre de hauteur. Roublard est bien installé dans son arbre : il y rêve, il y dort, il observe les alentours, il est aux premières loges quand Scouby sort sur la terrasse : il n’a que trois bonds à faire ! Quand il veut un peu se réchauffer, il joue, avec Négatif, à courir aussi vite que possible sur les branches du petit saule qui frémit sous ce double poids de chats sautillants.
Dans le jardin, un gros merle passe ses loisirs à se moquer de Négatif. Il se perche sur une branche du prunier, siffle quelques mesures et attend. Négatif s’approche de l’arbre en rampant, silencieusement. Je ne sais pas si c’est Néfer qui lui a appris ça ou s’il est, comme son père, un self-made-cat, mais c’est du travail bien fait, du boulot de professionnel.
De mon rebord de fenêtre, je contemple le spectacle.
Négatif se coule contre le tronc de l’arbre et se met à grimper tout doucement. Pour l’encourager, le merle sur sa branche fait : « Tuit ! Tuit ! » Négatif atteint la branche où se trouve l’oiseau. A peine a-t-il effectué un mouvement coulant très réussi que… fffrrrrt ! Voilà la proie qui s’envole et va se poser au sommet du grand sapin, en se tenant visiblement les côtes de rire : ‘Tuîîîît ! Je t’ai vu, le chat blanc et noir ! » A peine Négatif, tout déconfit, a-t-il regagné le sol que le merle se repose sur la même branche du prunier ! - Je ne vois pas pourquoi vous voulez absolument attraper ce merle, fais-je remarquer du haut de ma supériorité intellectuelle. Avec tout ce que vous mangez sur MA terrasse, vous n’avez tout de même plus faim ! - C’est pour entretenir la souplesse de mes muscles et l’acuité de mon cerveau, rétorque modestement l’animal. C’est toute une tactique, attraper un oiseau, vous savez, Mam’zelle Ardoise ! Il faut être intelligent, prévoir les coups de l’adversaire… - Dans ce cas, c’est raté ! dis-je avec une secrète satisfaction. - Négatif jamais ne s’avoue vaincu ! Toujours sur le métier remettez votre ouvrage ! C’est en forgeant qu’on devient forgeron ! Point n’est besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer !
La tête m’en tourne. A mon avis, il a dû potasser le dictionnaire des citations, ou alors il s’est acheté « Comment briller en société, en dix leçons » ou « Comment épater la chatte Ardoise ».
- C’est fini ? demandé-je. Mais non, ce n’est pas fini !
- Vous savez, Mam’zelle Ardoise, moi aussi je me suis trouvé une fière devise, comme vous et mon P‘pa ! Ca devient d’un commun, maintenant, les fières devises ! Tout le monde en a. Je soupire. Prenant mon silence pour un encouragement, la bestiole se campe fièrement sur le sol de la terrasse, ferme les yeux d’un air inspiré, rejette en arrière une cape imaginaire et déclame :
« Chéri de toutes les dames, Hardi et imaginatif, Plein de fougue et de flamme, Tel est le charmant Négatif ! »
Je manque défaillir sous le coup. La dépression me menace, je le sens. Moi qui étais si fière de l’orgueilleuse devise de ma noble famille ! Vous vous souvenez, hein ? « Oncque ne cherche noyse à la vaillante chatte Ardoyse ! » - Et puis, vous avez remarqué le jeu de mots ? s’enquiert mon tortionnaire. - Lele… jjjeu de mots ? répété-je d’une voix expirante, submergée par une jalousie galopante. Quel jeu de mots ? - Oui, CHArmant Négatif ! CHA-rmant ! CHAT ! CHAT ! - Heu, chat en effet… Bien sûr, c’est la première chose que j’avais remarquée… Beuh heu ! Il me regarde, semble hésiter. Puis s’exclame : - Vous savez, Mam’zelle Ardoise, je voulais d’abord dire « Vaillant et imaginatif », puis je me suis souvenu que « vaillant » était déjà pris ! C’est vous la « vaillante » chatte Ardoise, hein ? Alors j’ai dû trouver autre chose… Evidemment, ma devise n’est pas aussi belle que la vôtre ! La vôtre, elle est super ! Géniale !
Il multiplie les adjectifs enthousiastes. Je me sens revivre. C’est quand même vrai, ce qu’il dit !
Roublard, qui a suivi bouche bée ces brillants propos, se risque timidement : - J’aimerais bien aussi avoir une… heu ! … devise, moi ! C’était quoi, celle de P’pa ? - « Orca, Maître-Chat ! » dis-je avec attendrissement, tandis que me revient à la mémoire ce lointain jour d’été, où l’Orca était venu claironner à mes oreilles son fameux « slogan ». Où est donc passé ce temps-là ? Ah, nostalgie, nostalgie… Ardoise, secoue-toi ! - MAIS MOI JE PEUX PAS PRENDRE LA MEME, HEIN ? JE SUIS PAS ENCORE UN MAITRE-CHAT ! SEULEMENT UN PETIT ELEVE ! - Et même le cancre du fond de la classe, ne puis-je m’empêcher d’ajouter finement, reprise par le temps présent. Mes aimables propos glissent sur sa conscience comme l’eau sur les plumes d’un canard. Il ne pige rien au second degré, cet obtus ! Ca ne vaut pas la peine de gaspiller mes talents avec lui. - J’en ai une pour toi, dit soudain Négatif : « Roublard, cas à part ! » ou « chat à part », comme tu voudras. - TU CROIS QUE CA M’IRAIT ? - C’est tout toi, sois tranquille !
Il est fier comme un paon, le Roublard ! Son principal souci, maintenant, c’est le choix, cornélien comme il se doit : CAS ou CHAT ? Cruel dilemme ! Souveraine, je tranche. - « Cas à part », c’est mieux, dis-je péremptoirement. On le voit bien, que vous êtes un chat, c’est pas la peine de le préciser !
En fait, j’ai quelques doutes : le Roublard pourrait aussi passer pour une baleine blanche ou un ours polaire… Mais il n’y en a pas en Belgique, sauf au zoo d’Anvers peut-être. Alors, je suppose quand même que les gens remarqueront les oreilles pointues, les moustaches, les quatre pattes et la queue formant, dans l’ensemble, un félin !
Il y a bien des individus peu aimables qui osent me comparer, moi, la belle Ardoise, à un phoque ! C’est de la jalousie, bien sûr… Néanmoins, même en admettant le fait, personne n’a encore dit, en me voyant : « Tiens, un phoque ! Comment est-ce possible ? » Non, on dit : « Tiens, c’est marrant ! Un CHAT qui ressemble à un phoque ! »
Donc, je suppose que le Roublard aussi peut compter sur la reconnaissance de son statut de chat.
C.Q.F.D. _________________
 Merci à Uranie pour cette magnifique signature !
On peut juger de la grandeur d'une nation par la façon dont les animaux y sont traités. [Gandhi] |
|  | | chris271 Invité
| Sujet: Re: Mam'zelle Ardoise, chef de meute ! Dim 2 Sep - 17:23 | |
| Merci Michelle! La suite ... avec beaucoup d'impatience! A quand le livre?  |
|  | | Invité Invité
| Sujet: Re: Mam'zelle Ardoise, chef de meute ! Dim 2 Sep - 17:24 | |
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|  | | scouby Langue pendue

Age : 55 Inscrit le : 20 Mar 2005 Messages : 3539 Localisation : Belgique
| Sujet: Re: Mam'zelle Ardoise, chef de meute ! Dim 2 Sep - 17:58 | |
| Merci les filles ! Chris, le premier tome est prêt et je l'ai envoyé à quelques éditeurs... mais pour l'instant je ne reçois que des réponses négatives ! Bien sûr, je vais persévérer... mais cela me fait déjà bien plaisir de faire connaître Mam'zelle Ardoise sur le forum ! _________________
 Merci à Uranie pour cette magnifique signature !
On peut juger de la grandeur d'une nation par la façon dont les animaux y sont traités. [Gandhi] |
|  | | scouby Langue pendue

Age : 55 Inscrit le : 20 Mar 2005 Messages : 3539 Localisation : Belgique
| Sujet: Re: Mam'zelle Ardoise, chef de meute ! Dim 2 Sep - 17:59 | |
| Chapitre 6 : ROUBLARD A LA PAROLE
Comme je suis une brave chatte, j’ai décidé d’offrir un cadeau au Roublard. Par pure bonté d’âme, je lui ai permis de vous écrire quelques mots de sa plus belle patte.
Il a eu l’air complètement paniqué.
- MAIS QU‘EST-CE QUE JE LUI DIRAIS, MOI, A VOTRE FOROME ? HEIN, MAM’ZELLE ARDOISE, HEIN ? - N’importe quoi ! Bavardez à tort et à travers ! Racontez votre vie ! - MA VIE, HEU ! - Et surtout, il ne faut pas en parler à Négatif, c’est un secret ! dis-je d’un ton pénétré. - UN SECRET ????????? - Oui, parce que sinon il voudrait écrire lui-même sur le forum et il ne vous laisserait plus tracer un mot ! (et à moi non plus ! ajouté-je in-petto) - AH, MAIS J’AIME AUTANT ! PARCE QUE MOI, JE SAIS PAS QUOI DIRE ! - Non, non, ça fait partie de votre psychothérapie ! C’est pour vous dégager du ghetto moral où vous vous êtes imprudemment fourvoyé ! Il faut dégager votre moi profond, vous exprimer ! - JE COMPRENDS RIEN A CE QUE VOUS RACONTEZ, MAM’ZELLE ARDOISE ! - Motus et bouche cousue, compris ? Vous écrire au forum n’importe quoi qui passe dans votre tête ronde et vide, pigé ? Exécution ! Je surveille ! - OUIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIN !
Bon, heu, alors je vous écris, vu qu’elle surveille ! Et c’est vrai, vous savez, elle a l’œil !
Faut pas vous étonner si je suis timide avec vous, c’est parce que c’est la première fois que ça m’arrive, une aventure comme ça.
Puisque je dois raconter ce qui passe dans ma tête, comme a dit Mam’zelle Ardoise, ce sera vite fini, parce que j’ai beau courir après, je crois qu’il y a rien qui passe dans ma tête !
C’est pas comme Négatif ! Il sait miauler de belles phrases, longues, avec des mots bizarres. Il ferme les yeux et il lit tout ça derrière ses paupières. J’ai essayé aussi : j’ai serré fort les yeux et j’ai regardé à l’intérieur de ma tête. Mais j’ai rien vu, à part de noir ou alors un peu de rouge à cause du soleil.
Négatif, il court partout, il connaît tout le monde. Moi, quand je suis pas occupé à jouer avec lui, je reste avec M’man, dans le fourré où je suis né, ou alors dans la haie de M’sieur Dan et M’dame Scouby, là où on a une bonne vue sur les gamelles.
C’est pour ça que c’est si difficile pour moi de parler avec les gens. Mon grand talent, c’est pas parler, c’est manger. Là, je suis imbattable. Un chef. Ou plutôt, je le croyais… mais paraît que c’est pas tout à fait vrai.
Ca, c’est une histoire que je peux raconter !
Un jour, j’étais bien occupé, toute la figure enfoncée dans l’écuelle que M’dame Scouby venait de déposer, quand j’ai entendu un miaulement : « Bonjour, intéressant jeune homme ! »
Je me suis effrayé, vous pensez ! J’ai regardé en tremblant, et j’ai vu une jolie dame tricolore qui se tenait près de moi. Elle avait l’air gentille, alors je ne me suis pas enfui. Et puis, la gamelle n’était pas vide, ça compte aussi, vous savez ! - Voyons, jeune homme, qu’elle m’a dit la dame chatte, ce n’est pas ainsi que l’on mange, allons ! - AH NON ? que j’ai fait. Pourtant je croyais que je me débrouillais bien ! - Manger est un art ! Il faut le maîtriser à bon escient ! Allons, faisons une petite démonstration : mangez, que je voie comment vous faites. Ca, je comprenais, c’était pas difficile. J’ai sauté tête baissée sur mon assiette et j’ai commencé à dévorer. - Et voilà, qu’elle a dit au moment où je relevais le nez, vous êtes déjà tout essoufflé et la gamelle est encore à moitié pleine ! Vous y mettez trop de fougue, jeune homme ! Vous ne mangez pas, vous engloutissez ! Ce n’est pas du tout pareil ! - EUH ? - Regardez comment on fait !
Elle s'est mise à déguster à toutes petites bouchées, tranquillement. Quand elle s'est arrêtée, y restait plus rien !
-Voilà le secret de l'art du mangeur de fond : prendre son temps et ne pas avaler de trop grosses quantités à la fois! Vous remarquerez, intéressant jeune homme, que je n'ai pas le souffle court ! Je remarque. Je remarque surtout que l'assiette est vide.
Mais elle est gentille, cette dame! Et puis, personne n'a encore dit "intéressant jeune homme" en parlant de moi !
Voilà que la porte de la maison s'ouvre. Quelle joie ! M'dame Scouby apporte une autre gamelle ! -Bonjour, ma petite Gourmande, dit-elle en se penchant pour donner une petite caresse à la dame. Maintenant je la reconnais : je l'ai vue parfois se promener avec P'pa. Elle habite dans le bas de la rue, là où y a des chiens qui aboient quand je passe. Mme Gourmande, qu'elle s'appelle. -Je vous laisse cette pâtée, mon jeune ami, qu'elle dit de sa petite voix (Comme si elle avait pas déjà mangé la mienne !). Vous avez vu comment on fait, n'est-ce pas ? Et vous remarquerez que, malgré tout ce que je mange, je garde la ligne ! Croyez-moi, si vous appliquez mes méthodes, avec vos dispositions innées, vous deviendrez un grand artiste ! Elle s'en va tranquillement. Un grand artiste, moi ? J'en reviens pas !
J'essaie. Je fais des efforts. Mais c'est difficile, difficile! J'ai beau faire, ma bouche s'ouvre toute grande pour tout enfourner à la fois! Ah, que c'est compliqué, la vie d'artiste !
Vous le savez peut-être pas, j’ai oublié de vous le dire, mais Négatif, c'est mon frère. On a deux ans et demi, tous les deux! On est toujours ensemble, sauf quand il va faire ses promenades dans le village et que moi je reste dans mon fourré. A part ça, on dort ensemble, on mange ensemble, on joue dans les arbres, on parle, on se bagarre... On peut pas se quitter, quoi ! Je me sentirais tout bizarre si j'avais plus Négatif. Et c'est la même chose pour lui. On serait chacun comme coupé en deux.
Et puis, y a la chatte Ardoise. Vous la connaissez ? Ah oui, bien sûr, que j'suis bête ! C'est elle qui m'a donné votre adresse, pour ma psyki… psykotérafie ! Paraît que si je dis tout ce qui passe dans ma tête, et même tout ce qui y passe pas, je serai un autre chat! C'est ça qu'elle a dit, Mam'zelle Ardoise !
Moi, j'ai un peu peur d'être un autre chat. Qu'est-ce qui arriverait si je me reconnaissais pas ? Je passerais à côté de moi sans me voir et je me perdrais ! C'est ça que je lui ai répondu, à Mam'zelle Ardoise! Elle m'a répliqué : " Andouille !"
C'est pas vraiment une réponse, je trouve! Ca me laisse avec mes angoisses !
Elle est bizarre, la Mam'zelle. Au début, je voulais pas croire que cette chose grise, là, derrière la vitre, avec son regard tout glacé, était un chat. - Ca ressemble pas à un chat ! que j'ai dit à Négatif. - Pourtant, c'en est un! qu'il m'a répondu. C'est même une chatte ! - L'a de drôle de z-yeux ! Comme la grenouille de l'étang ! - C'est une manoeuvre d'intimidation ! a dit gaiement Négatif. Dans sa tête, elle n'est pas comme ça, rassure-toi ! Quand je l'ai un peu mieux connue, c'est vrai, j'ai été rassuré. Mais pas à ce moment-là, vous savez ! Il a fallu du temps !
Et même, encore maintenant, parfois, quand elle me regarde fixement, je me sens devenir tout petit et j'essaie de m'enfoncer dans un mur. Ca ne marche pas, évidemment. Alors Mam'zelle Ardoise tourne la tête et, juste quand je suis un peu remis de mes émotions, elle me relance un sale regard qui dit: " J'vous tiens à l'oeil, vous !" J'en tremble ! -Sois pas si cloche, c'est du cinéma! dit Négatif.
Elle est un peu gendarme, aussi, Mam'zelle Ardoise. Quand elle a décidé, il faut sauter ! Et quand elle sort au bout de sa corde, y faut se tenir pas trop près d'elle, pour pas lui "pomper l'air" comme elle dit, et rester droits comme des piquets, Négatif et moi. Moi, c'est pas difficile, elle me donne les jetons et j'en reste sans pouvoir bouger, mais Négatif rigole en douce. Il trouve ça très drôle, Négatif !
Elle dit qu'elle va faire mon éducation, que M'man a complètement ratée. Je crois que quand elle va voir quel travail que c'est, elle va laisser tomber. J'espère.
Et M'man ! Elle est super-gentille, ma M'man, mais à côté de ses pompes, comme dit Négatif. Elle est aussi timide que moi, mais elle essaie de se soigner. Ca réussit pas toujours. Dernièrement, elle s'est trouvé une vraie maison, alors elle ne sort presque plus. Elle préfère être timide à l'intérieur, là où personne ne la voit, sauf son Monsieur qui la prend pour une reine d'Egypte. Et elle en est persuadée aussi, M'man, vous savez !
Y a qu'avec Négatif qu'elle est pas timide : elle arrête pas de lui chercher des puces, quand ils se retrouvent par hasard ensemble. Heureusement, c'est pas souvent. Parce que Négatif, il file en douce quand il aperçoit le bout du nez de M'man, de l'autre côté de la rue.
Parfois, il a pas de chance: elle le voit s'enfuir et le poursuit. Et elle court vite, ma M'man, malgré son âge, vous savez ! On dirait un éclair tout noir. Un éclair au chocolat fondant (c’est vrai, je ne pense qu’à manger). Alors elle le houspille. Elle pousse de grands cris aigus et Négatif court encore plus vite, mais M'man finit toujours par le rattraper. Une sportive, je vous dis ! Après, Négatif doit écouter toute une "Ho-Mélie" comme il appelle ça, avec ses mots savants. Il doit répondre: "Oui, M'man, non, M'man, t'as raison, M'man !" jusqu'à ce qu'elle soit calmée. Puis tout va bien pendant quelque temps.
Dans ma vie, y a aussi M'sieur Dan, et M'dame Scouby, celle qui me donne à manger.
J'ai un peu peur de M'sieur Dan, parce qu'il a pas l'air normal. Une fois, il m'a enfermé dans le fenil et j'y suis resté cinq jours, vous vous rendez compte ? J'ai fouillé les poubelles pour manger. Y avait des restants de poulet. C'était bon, mais pour cinq jours, c'était pas assez.
Tout le monde me dit qu'il a pas fait exprès de m'enfermer, mais j'en suis pas si sûr, alors quand il sort dans le jardin, je m'éloigne un peu. Vaut mieux être prudent, pour le cas où il aurait envie de recommencer.
En plus, il arrive pas à se souvenir de mon nom, M'sieur Dan. Quand il me voit arriver de loin, il crie: "Michèèèèèèle ! Gros-Bazard est là !" J'ai beau lui dire : « Je m’appelle Roublard, pas Gros-Bazard ! », rien à faire !
Oh ! J'ai quand même trouvé kêke chose à vous raconter, dans ma tête, on dirait ! J'aurais jamais cru ! Elle va être étonnée, la chatte Ardoise! Qu'est-ce que vous en dites, hein ? Peut-être que je pourrai la continuer, ma psyki... psyko... Vous savez quoi ! Même si moi je sais pas !
Allez, salut ! _________________
 Merci à Uranie pour cette magnifique signature !
On peut juger de la grandeur d'une nation par la façon dont les animaux y sont traités. [Gandhi] |
|  | | Fredy Rang: Administrateur

Age : 63 Inscrit le : 29 Nov 2004 Messages : 15707 Localisation : Evreux à 10km
| Sujet: Re: Mam'zelle Ardoise, chef de meute ! Dim 2 Sep - 18:13 | |
|  _________________ Ce qui donne du ressort, c'est l'amitié et l'imagination.
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|  | | | Mam'zelle Ardoise, chef de meute ! | |
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